dimanche, avril 01, 2007

Mauvais sang


« Je ne suis que mon pére répété, et comme

--sa survie aprés une mort prématurée.»

________----------------Friedrich Nietszche


Empruntée au "Carnets de JLK", je reprends ici la liste suivante telle que j'en fis la surprenante découverte il y a déjà quelques jours. Je ne m'appesantirai pas, ce recensement me parle si douloureusement en ce dimanche de mélancolie.


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AGEE
James: Le père meurt dans un accident de voiture quand le petit James a 6 ans. Le fils a cherché un jour à se suicider au volant d’une voiture et à mourir comme son père. Il n’arrêtait pas de fumer et de boire en souvenir de ce père absent qu’il chérissait et qui lui a manqué toute sa vie. La mère est pieuse et sectaire. Ne permettait pas au fils, à partir de la sortie de son enfance, de vivre avec elle et sa soeur, ce dont il a beaucoup souffert .Il se sentait néanmoins aimé par sa mère et sa famille, "mais ceux-là qui m’accueillent, qui tranquillement s’occupent de moi, comme un être familier, et aimé dans cette maison; ne me disent pas, oh! pas maintenant, ni jamais; ne me diront jamais qui je suis." Il se rappellera toute sa vie cette phrase de sa mère: "Papa a été grièvement blessé et pour cela le bon dieu l’a pris chez lui au ciel, il ne reviendra plus jamais".


ALTHUSSER: Sa mère avait été amoureuse d’un homme qui est mort à la guerre 14-l8. Elle se marie alors avec le frère du mort, mais sans amour. Louis est l’enfant de cette mésalliance et il porte le nom de l’oncle disparu. Sa mère l’aime donc à la place de l’autre. Il estimera plus tard qu’il n’a pas de père et qu’il doit devenir lui-même son propre père.

APOLLINAIRE: Le père quitte la famille quand Apollinaire a six ans. Il ne l’a jamais revu.

ARAGON: N’a pas connu son père qui était préfet, celui-ci na pas reconnu l’enfant qui a été élevé par sa mère comme s’il avait été son frère.

ARRABAL: Le père a disparu au début de la guerre d’Espagne, condamné à mort par un tribunal franquiste. S’est peut-être évadé et a été alors assassiné. Le fils a passé son enfance dans le deuil de cette disparition du père dont on n’a jamais rien su de précis. Il a appris, adolescent, la condamnation à mort de son père, par un document trouvé dans une armoire chez lui à la maison. Il s’est mis alors à suspecter sa mère d’avoir dénoncé son propre mari, pour préserver et protéger le fils. Ce que celui-ci ne lui a jamais pardonné, il a rompu toute relation avec sa mère pendant dix-huit ans. Sur cette « trahison » de la mère, il n’y a aucune preuve non plus.

ARTAUD: A perdu sa soeur bien aimée quand il avait 7 ans.

BALZAC: A été donné tôt chez une femme nourrice, puis dans un monastère, puis dans une école catholique sévère. A passé toute son enfance en dehors de sa famille, sans ses parents; la mère détestait ses enfants, son fils Honoré en particulier, et ceci pendant une bonne partie de sa vie.

BARTHES: A perdu son père quand il avait un an. Le père, officier dans la marine, est mort dans une bataille navale en l916. Barthes avait en plus la tuberculose. A vécu toute sa vie avec sa mère. Est devenu dépressif et presque apathique après la mort de celle-ci.

BATAILLE: Son père avait la syphilis et était aveugle. Il vivait dans une
chaise roulante.

BAUDELAIRE: Avait six ans quand le père, général dans l’armée, est mort. Sa mère s’est remariée un an plus tard avec un autre général avec lequel Charles s’est toute sa vie durant très mal entendu. Le petit Charles vivait dans l’adoration de sa mère. Il ne lui a jamais pardonné de l’avoir mise en pension après son remariage. « Quand on a un fils comme moi, on ne se remarie pas. » Selon Sartre, il s’est pensé comme « fils de droit divin ». Autre version : « Je suis le tombeau de mon père. Un père prêtre, jeté à la fosse commune, faute de tombe, pas de trace, deuil presque impossible et en tout cas infini du fils, à jamais inconsolable ». « Sentiment de solitude, dès mon enfance. Malgré la famille, sentiment de destinée éternellement solitaire. Mon âme est un tombeau. Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage. »

BERNHARD Thomas: N’a pas connu son père. La mère l’a élévé seule, dans la haine de l’homme. Ils ont vécu en partie chez le père à elle.

BYRON: Le petit Byron nait avec un pied déformé. Le père est mort, peut-être par suicide, quelque part en France, quand son fils avait 3 ans. Byron adulte a écrit des lettres de Venise à sa famille qui ressemblaient étrangement à celles qu’avait écrit son père à sa femme, la mère du poète.

CAMUS Albert: Père mort en 1915 comme soldat pendant la grande guerre quand le petit Albert avait 2 ans. Il a connu, si l’on peut dire, son père en tout et pour tout pendant huit jours. A été élévé à Alger par sa mère restée seule et pratiquement muette.

CANETTI ELIAS: Il a sept ans quand meurt son père à l'âge de 31 ans d’un infarctus. Le petit Elias était sous la porte de la cuisine et a vu son père couché par terre, de l’écume à la bouche. On l’a sorti de là, Elias, qui est allé jouer dehors avec un enfant voisin et quelqu’un est venu crier: « Ton père est mort, ton père est mort; com-ment, tu joues au ballon alors que ton père est mort? » Elias passe le reste de son enfance et de son adolescence avec sa mère dans une harmonie profonde, elle lui raconte beaucoup d’histoires, lit des livres avec lui et éduque sa pensée.

CHAR René: Le père, maire de son village d’Isle-sur-la-Sorgue, est entrepreneur, il meurt quand le petit René a dix ans. Celui-ci s’entendra toujours très mal avec sa mère qui n’aura jamais rien compris à son fils poète, qu’elle appellera longtemps « le gredin ». Relation conflictuelle et violente aussi avec le frère, le préféré de la mère.

DANTE: La mère meurt quand son fils a 7 ans. Le père se remarie, meurt de son côté quand Dante a 15 ans.

DICKENS: Son père est mort 6 mois avant la naissance de son fils.

DE QUINCEY: Quand il avait 5 ans une de ses soeurs est morte, quand il avait 7 ans une autre de ses soeurs est morte, dans la même année mourait aussi le père.

DOS PASSOS: Fils illégitime. La mère avait 42 ans lors de la naissance de son fils. Le père était marié ailleurs. Epouse la mère de Dos Passos quand il est devenu veuf et quand le garçon avait 14 ans. En attendant celui-ci passait son enfance avec la mère dans différents lieux d’Europe où le père est venu les rejoindre de temps à autre, loin des regards de l’Amérique.

DOSTOÏEVSKI: Avait 6 ans quand la mère est morte, 18 ans quand le père est assassiné. Un homme d’une dureté impitoyable selon son fils.

DUMAS Alexandre: Orphelin dès l’âge de 4 ans d’un père, général dans l’armée de Napoléon.

DURAS Marguerite: N’a pas connu son père qui est parti pour la France où il est mort quand elle avait 4 ans.

EBERHARDT Isabelle: Nia pas connu son père. La mère ayant quitté celui-ci avec le précepteur des enfants. Déracinés de la Russie, s'enfuyant pour se cacher et vivre leur vie, ils sont partis à Genève. Isabelle a donc vécu avec ce père adoptif, un mélange de prêtre fou et d¹anarchiste barbu.

GENET: N’a pas connu ses parents. Mère prostituée. A été élévé chez des paysans à la campagne.

GIDE: A eu 11 ans quand son père est mort. A été élévé seul par sa mère. A la mort du père il pleure blottit sur les genoux de sa mère qui l'enlace. « Et je me sentis soudain tout enveloppé par cet amour, qui désormais se refermait sur moi. »

GLAUSER Friedrich: Avait 4 ans quand la mère est morte. A été élevé par le père autoritaire, directeur d’école à Vienne en Autriche.

GREEN Julien: “Pour en revenir aux raisons qui me faisaient rester à part, je les dois à ma mère. J’étais pour elle celui qui remplaçait l’enfant mort à deux ans et demi, le petit Ned qui est enterré à Savannah, et aussi son frère bien-aimé, William, mort à dix-neuf ans à peine de la syphilis. Elle m’avait confié au Seigneur pour toute la vie, et j’ai pu vérifier toujours l’efficace de cette protection attentive et aimante. J’ai perdu maman à quatorze ans. Elle est morte le 27 décembre 1914. Je garde le souvenir et l¹indicible émotion de ce moment terrible. Ce qu’elle a été pour moi, je renonce à l¹exprimer. Mgr Pezeril m’a dit un jour: « Vous êtes le fils de votre mère chaque jour. « Tu es protégé », ce que me disait ma mère me revient sans cesse à l’oreille. « Toute ma vie j’ai été aimé et protégé. « Le bonheur, le don que j’ai reçu dès mon enfance. A mes parents, je leur dois tout ce que je suis. Le souvenir du 27 décembre 1914 me suivra toujours. »

GROSSMAN Vassili: Les parents se séparent quand leur fils est encore très petit. Il est élevé par sa mère qui passe deux ans en Suisse avec lui. Elle mourra plus tard en Ukraine, assassinée par les nazis. Le fils ne se pardonnera jamais de ne pas l’avoir sauvée.


HAWTHORNE: Père mort aux Indes orientales de la fièvre jaune quand le petit Nathaniel a 4 ans. Très tôt l’enfant solitaire commence à passer ses journées à écrire des contes fantastiques.

HEMINGWAY: Le père s’est suicidé avec un fusil quand Ernest a ... ans. Il imite beaucoup d’années plus tard le geste son père et se tue lui aussi avec un fusil, de la même manière que le père. Ernest aurait détesté sa mère selon ce que raconte Dos Passos dans son autobiographie.

HÖLDERLIN: N’a pas connu son père. Mère pieuse et dépressive.

HUGO Victor: La mère est partie pendant treize mois voir un amant à Paris quand le petit Victor n’avait que quelques mois. Quand il avait 2 ans ses parents se sont quittés. Le père est parti et les enfants sont restés avec la mère. Ensuite ils vont à Madrid visiter le père qui fait mettre les fils dans un collège catholique. Puis ils sont revenus à Paris avec la mère où ils ont vécu avec celle-ci et son amant, un ancien général qui sera un jour arrêté sous leurs yeux comme conspirateur et plus tard guillotiné. Puis le père les a de nouveau enlevés à la mère et les a envoyé de force dans un collège et ceci pendant plusieurs années avant qu¹ils reviennent chez la mère qui meurt quand Victor a 19 ans.

JABES Edmond: A perdu sa soeur quand il avait 12 ans. Elle est pratiquement morte dans ses bras. Elle lui aurait dit: “Ne pense pas à la mort. Ne pleure pas. On n’échappe pas à sa destinée. »
« Ces mots ne m’ont jamais quitté. J’ai compris ce jour là, qu’il y avait un langage pour la mort, comme il y a un langage pour la vie. Je la retrouverai, plus tard, dans le désert: ultime reflet, on eût dit, d’un miroir brisé. J’ai compris alors que la destinée est inscrite dans la mort, qu’on ne quitte jamais la mort. »


KELLER Gottfried: Son père est mort quand Gottfried avait 5 ans. A été élevé par la mère qui s’est remariée. Keller ne parle jamais de son beau-père dans ses livres, même pas dans Henri Le Vert, son roman de jeunesse, qui se termine au moment de la mort du père...

KEROUAC Jack: A perdu son frère ainé quand celui avait 9 et Jack 4 ans. A adoré ce frère qui souffrait d’une maladie inguérissable. Il en fut bouleversé pour la vie. Son père meurt d’un cancer quand Jack a 2O ans. Il assiste impuissant et terrorisé à son agonie.

LAUTREAMONT: A perdu sa mère quand il avait 18 mois. Elle s’est probablement suicidé. A été élévé à Montévideo en Uruguay par le père onctionnaire au Consu- lat français.

LEAUTAUD Paul: Abandonné par la mère dès sa naissance. « Ma mère m’a planté là trois jours après ma naissance. » A été élevé par le père et les maîtresses de celui, dont plus tard, la deuxième femme qui l’aurait souvent battu. Il rencontre sa mère vingt ans plus tard, lors de l’enterrement des sa tante et tombe amoureux d’elle. “Je songe enfin à ma mère, à qui je ressemble tant, paraît-il, par le caractère, et que je vis une fois, vers mes dix ans, d’une façon que je n’oublierai jamais. « Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses. » Vous ne pouvez pas savoir ce que c’est que d’avoir grandi tout seul, de n’avoir jamais eu sa mère: on en garde pour toujours quelque chose de dur et de maladroit. » Il pensera toujours à « ces quelques jours que nous avons passés ensemble à Calais en 19O1 ». Il est donc tombé amoureux d’elle, ils se sont écrits, puis elle s’est fâchée et lui a montré son vrai visage, celui d’une femme dure, impitoyable et intrigante. “Le bonheur que j’ai eu de vous revoir à Calais m’a coûté si cher, si cher. » Il n’arrêtera jamais de penser à elle. Parlera de son « éternelle absence ». « Déjà trente-six ans que je vis sans vous.³ “Je vous aurai tant aimée, tant désirée toute ma vie. »

LEDUC Violette: Le père est parti quand elle était encore enfant. La mère l’a élevée dans la haine des hommes. “Je vins au monde, je fis le serment d’avoir la passion de l’impossible ». Cette passion l’a possédée du jour où, trahie par sa mère, elle s’est refugiée auprès du fantôme de son pèr inconnu. Ce père avait existé, et c’était un mythe, en entrant dans son univers elle est entrée dans une légende, elle a choisi l’imaginaire qui est une des figures de l’impossible. “Je suis la fille non reconnue d’un fils de famille. Je me souviens de mon chagrin, de mes trépignements sur le carrelage après son départ. “Mon père, cet inconnu, je le portais dans mes yeux tandis que je lisais... »

LESSING DORIS: Père infirme de guerre.

MALLARME: Sa mère meurt quand il a 6 ans. « J’ai perdu, tout enfant, à sept ans, ma mère ». Son père se remarie un an plus tard. Le petit Stéphane n¹aime ni son père ni sa belle mère. Il passe son enfance dans des pensions réligieuses. Sa soeur bien aimée, Marie, meurt à 13 ans, quand il a 15. Il restera toujours “froid et glacial³, songe souvent à se suicider, comprend la poésie comme le rien et comme le néant de l¹écriture.

MALRAUX: Perd un petit frère quand il a 2 ans. Au même moment sa mère se sépare de son mari. Il vivra seul avec sa mère. A 5 ans il entre dans un institut privé comme pensionnaire ou comme élève. Ensuite il reviendra chez sa mère avec laquelle il vivra jusqu’à l’âge de l9 ans. Il dira un jour: « Presque tous les grands écrivains que je connais aiment leur enfance, je déteste la mienne. »

MANSFIELD Katherine: Mort du frère bien aimé au front en France quand elle a 22 ans.

MELVILLE: Le père, entrepreneur, a fait faillite et est mort bientôt après, quand le fils avait 13 ans. Il a dû quitter l’école pour gagner sa vie comme employé de banque.

MUSIL: La mère avait un amant au vu et au su du père et de l'enfant.

NIETZSCHE: A perdu son père qui était pasteur, à 5 ans. Un an plus tard meurt son petit frère. La mère pieuse et réactionnaire l’a mis plus tard dans un internat. Il aurait pleuré de chaudes larmes sur la tombe de son père. Est resté toute sa vie déraciné. A haï plus tard et sa mère et sa soeur.

NIN Anaïs: Quand elle a 1O ans le père pianiste quitte la famille pour
vivre avec une jeune femme. La mère amène ses enfants à New York. A partir de 11 ans Anaïs écrit un Journal en forme de lettres à son père en cherchant désespérément ce père et en espérant qu¹il ne rejoigne la famille.

NERUDA Pablo: A perdu sa mère quand il avait deux mois. A été élevé par la deuxième femme de son père, qu'il appelle, “l'ange gardien de mon enfance".

NERVAL de, Gérard: Perd sa mère quand il a deux ans, et comme son père est médecin militaire, il passe son enfance chez son grand-oncle à Mortefontaine, dans le Valois dont les paysages hanteront par la suite son oeuvre.

NIZON Paul: Le père toujours malade et enfermé dans sa chambre est mort quand le fils avait 12 ans.

OZ Amos: Sa mère se suicide quand son fils a 13 ans.

PESSOA: A perdu son père en Afrique du Sud (Durban) quand il avait 7 ans. La mère s’est remarié avec le consul portugais. Fernando a adoré sa mère, a vécu tantôt au Portugal, tantôt à Durban. N’a jamais pu s’habituer à ce beau-père qu’il n’aimait pas.

PLATH Sylvia: A perdu son père quand elle avait l2 ans. En a soufferte toute sa vie. “Je ne parlerai plus jamais avec Dieu". “J'ai besoin d¹un père." A fait une première tentative de suicide à 12 ans.

POE EDGAR ALLAN: Sa mère est morte quand il avait 5 ans. Le père a disparu. Allan été élevé par des parents adoptifs qui lui ont donné leur nom.

YOURCENAR Marguerite: N’a pas connu sa mère qui est morte quelques jours après la naissance de sa fille. A été élevé par le père coureur et charmeur.

RENAN Ernest: Le père disparaît en mer quand le petit Ernest a 5 ans.

RIMBAUD: N’a plus jamais revu son père officier à partir de l’âge de 7 ans. Mère pieuse et réactionnaire qui élève ses enfants la bible dans la main. Arthur imitera plus tard sur ses voyages la biographie de son père, en se prétendant p.e. originaire de Dôle, comme son père, ou alors « membre du 17ème régiment de l’Armée française comme celui-ci. A appris plus tard l’arabe et a vécu en Afrique comme son père.

ROTH Joseph: Son père a quitté sa mère quand le fils avait un an. Il ne l’a jamais revu, n’avait donc aucun souvenir de lui. A dit à un ami: “Tu ne peux savoir ce qu’est c’est d’avoir grandi sans père. »

ROUSSEAU: Sa mère est morte à sa naissance, « le premier de mes malheurs ».

SAINTE-BEUVE: Le père meurt un mois avant la naissance de son fils. Celui-ci a vécu toute sa vie dans l’ombre de ce père absent, au point de lui ressembler mimétiquement et de finir d'avoir exactement la même écriture que lui.

SALINGER J.D.: A perdu son frère quand celui-ci avait 1O ans. Se croyait juif jusqu'à 16 ans, quand il a appris que sa mère était en réalité catholique. En a souffert toute sa vie. Aussi de l¹anti-sémitisme, vu son nom juif, hérité évide- ment de son père qui lui était bien juif. A commencé à cacher ses origines. Misogynie. A haï sa mère et méprisé son père. A vécu après son mariage avec des femmes beaucoup plus jeunes que lui, des femmes-filles.

SAND George: A perdu son père, officier dans l’armée napoléonienne, dans un accident de cheval quand elle avait 4 ans. A ensuite vécu avec sa mère et sa grand-mère paternel dans la maison de celle-ci à la campagne. Tensions permanentes entre les deux femmes qui se détestent. La mère part à Paris (où elle a un autre enfant, une fille illégitime), au grand désespoir de sa fille George qui ne la verra plus que par intermittence. Elle en a souffert toute sa vie.

SARRAUTE Nathalie: La fille vit tantôt avec sa mère, tantôt avec le père, soit à Paris, soit à Moscou. Quand elle a 9 ans, la mère quitte ses enfants et ne revient que trois ans plus tard. Pendant ce temps Nathalie vit à Paris avec le père qui a d’autres femmes qui apparaissent à la fille comme des « tantes lointaines, inconnues, dont elle n’apprendra jamais grand-chose. La mère a des « amis » aussi dont la fille ne saura pas grand-chose non plus.

SARTRE: N’a pas connu son père qui était Officier et qui est mort quelques mois après la naissance de son fils. Sartre a été élévé par sa mère et son grand-père. Sa mère s’est remariée quand J.P. avait 12 ans. Il devait appeller son beau-père « oncle ». Les Mots s’arrêtent quand J.P. a 12 ans, justement, à l’arrivée de cet étranger qu’il n’aimait pas, qu’il n’aimera jamais.

SEMPRUN Jorge: Perd sa mère quand il a 9 ans. Elle était malade pendant quelques temps. Ses regards à travers la porte à moitié ouverte sur la mère malade dans son lit. L¹annonce de sa mort. Elle le voyait président de la République. Il était son préféré.

SPINOZA: Perd sa mère quand il a six ans.


STENDHAL: Il était amoureux de sa mère qu’il perdit à 7 ans. A été élevé par le père qu’il haïssait et le grand-père qu’il n’aimait pas non plus. « Ils ont empoisonné mon enfance. » Quelques années avant sa mort il dira, “il y a 45 ans j¹ai perdu ce que j¹aimais le plus au monde.³

STRINDBERG: Fils d’une servante et d’un père hobereau. Se sont mariés quand même; S. a toujours souffert de cette situation. Fort complexe d¹infériorité.

TOLSTOI: Sa mère meurt quand il a 2 ans. Il est emmené devant son cadavre et s’enfuit avec un cri d’épouvante. Il n’oubliera plus cet instant. Le père meurt quand Lev a 9 ans. Il est élevé par ses grands-parents. Mais sa grand-mère paternelle et sa tutrice, soeur de son père, meurent également bientôt après son père. A 28 ans il écrit Enfance, roman dans lequel il a 1O ans et sa mère est toujours vivante. Il la décrit vivre, sourire, aimer; il parle d’une mère imaginaire, il se rappelle selon ses propres mots de choses qui n’ont jamais existé. Ecrire pour lui est plus que jamais une volonté de faire revivre un paradis perdu. « Heureux, heureux temps, temps à jamais écoulé de l’enfance ». A l’âge de 8O ans il écrit: « ce matin je parcours le jardin et, comme toujours, je me rappelle ma mère, « ma-man », de qui je n’ai aucun souvenir, mais qui est restée pour moi un idéal sacré. Et plus tard: “En mourant, tu éprouves ce qu’éprouve l’enfant délaissé, revenant à sa mère amante et aimée. »

TRISTAN Flora: Son père péruvien est mort quand elle avait 4 ans. Toute sa vie elle a cherché ce père, jusqu’à revenir au Péru pour “entrer » dans sa famille paternelle qui l’a pourtant plus ou moins répudiée. Elle est la grand-mère maternelle de Gauguin.

TSVETAEVA Marina: A perdu sa mère quand elle avait l6 ans; une mère souvent malade et au sanatorium. Elle avait la tuberculose. Ses filles à un moment ont été envoyé dans un internat à Lausanne. « J’ai grandie entourée de tuberculeux. L’agencement sur leur table de chevet en verre dans les sanatoriums: pilules, seringues, fioles. Ma mère se mourait, ça sentait l’éther et le jasmin. Le père est mort quand elle avait 21 ans.

VERLAINE: Père Officier qu¹il a à peine connu, il est mort quand le fils
avait 21 ans.

VILLON: Orphelin, a été élevé par des parents adoptifs.

VOLTAIRE: Sa mère est morte quand son fils avait 7 ans. Il ne parle jamais d’elle, ni de son père. Il méprisait son père et détestait sa famille. Voltaire est un pseudonyme. Il s’appelait en réalité François Arouet. Il prétendait que sa mère aurait eu des amants et qu¹il était le fils d’un de
ses amants.

WALSER Robert: La mère meurt quand il a 16 ans. Un frère meurt aussi, un autre se suicide.

WOLFE Thomas: Parents séparés. Le père meurt quand Thomas a 22 ans.

WOOLF Virginia: A perdu sa mère quand elle avait 13 ans. A été élevée par le père qui est mort quand elle avait 22. Elle aurait pensé à sa mère tous les jours et vécu sous son regard jusqu’à l’âge de 4O ans.

ZOLA Emile: Son père meurt quand Emile a 7 ans. Il est fils unique et vivra donc son enfance et son adolescence seul avec sa mère, à Aix d'abord, à Paris ensuite.

(Moïse, Jésus et Mohamet n’ont pas connu leurs pères)

Cette liste a été élaborée par le cinéaste Richard Dindo. Elle est ouverte à tout complément...

dimanche, décembre 17, 2006

Au bout de la nuit...

« La nuit de l'oracle », c'est à proprement parler la nuit de l'écrivain, les nuits d'insomnie, des rêves et des cauchemars, les nuits de Kafka, la nuit comme l'espace de temps propre au surgissement fantasmatique, à l'écriture, à la création. C'est la nuit de Sidney Orr, le narrateur, jeune écrivain New-yorkais, qui, en pleine convalescence, peine à retrouver le jour après être passé tout près de la mort. « La nuit de l'oracle » c'est aussi le titre d'un livre, et pas seulement celui du roman de Paul Auster, mais aussi le manuscrit de Sylvia Maxwell, le livre dans le livre qui sert de fil rouge à cette histoire savamment alambiquée dans laquelle Auster nous propose une réflexion intéressante sur la littérature et ses arcanes.

Entre la vie concrète et l'écriture romanesque, entre réel et fiction, les enjeux dévoilés et mis en lumière participent d'une mise en abîme chaotique et jouissive qui jamais n'entrave le lecteur dans le plaisir qu'il a de la lecture d'un texte à la narration et au rythme parfaitement maîtrisés. Ce thème majeur ainsi dispensé, c'est à l'examen d'un pensum auquel on échappe et c'est avec un grand plaisir de lecture que l'on tourne les pages de « La nuit de l'oracle », quand, dans les méandres du hasard - point nodal de l'oeuvre d'Auster - on aime à s'égarer, se perdre et se retrouver au fur et à mesure que l'on est convoqué aux côtés de Sydney Orr, de Nick Bowen, John Trause, Ed Victory, Rosa Leightman, tous ces personnages composant la trame d'un puzzle dont on ressent bien le plaisir pervers que Paul Auster a dû lui-même ressentir à sa confection.

On a parfois prêté à certains écrivains de ces vertus oraculaires auxquels il est fait allusion ici, et il n'est pas de biographe qui, devant l'objet de son étude, ne recherche et ne se pose la fameuse question de savoir ce qui, du réel ou de l'imaginaire, a pu influencer la venue au monde de tel ou tel roman. Paul Auster donne dans ce livre sa version des choses, et nous invite à méditer intelligemment sur le travail de sublimation et de médiation dont l'écrivain est le meilleur dépositaire, entre mensonge et vérité, réalité et vues de l'esprit, et de cette entreprise chercher à conduire notre futur sur le véritable chemin qui nous appartient en propre et qu'il nous revient ou pas d'emprunter.

------------------------------------------------------(Pour Karine)

vendredi, octobre 20, 2006

Mr Thorpe, Bove et...Darroussin

«Le 13 août 1931, sur la fin de l'après-midi, un homme pouvant avoir une cinquantaine d'années montait l'avenue du Maine. Il était vêtu d'un costume foncé et coiffé d'un feutre d'un gris clair passé. Il portait quelques provisions pour son dîner, soigneusement enveloppées et ficelées dans un papier marron. Personne ne le remarquait tant son aspect était quelconque. Sa moustache noire, son binocle, sa chemise à grosses rayures, ses chaussures de chevreau craquelé comme un vieux vase, n'attiraient en effet pas l'attention.»

----------------------------------------------Emmanuel Bove
---------------------------------------------« Le pressentiment »

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Jean-Pierre Darroussin adaptant Emmanuel Bove, et c'est un je-ne-sais-quoi d'évidence qui vous interpelle aussitôt et claque à votre esprit tel au bowling les quilles explosant en un strike majeur. Deux chemins plus ou moins convergents qui, par-delà la mort même, ne pouvaient manquer de se rencontrer, les deux hommes liés l'un à l'autre par le goût du silence et de la discrétion, une identique humilité et, toujours à l'oeuvre, le travail et l'exigence d'une oeuvre intègre s'étant construite - et se construisant encore pour l'acteur - dans l'ombre d'autre noms, supposés plus grands.

Je ne m'attarderai pas sur l'estime profonde dans laquelle je tiens l'oeuvre d'Emmanuel Bove, d'autres que moi en parlent bien mieux que je ne saurais le faire (voir le lien sur le site officiel). Cet homme fait partie depuis longtemps de ces écrivains méconnus ou oubliés après-guerre ayant vécus dans le relatif anonymat que leur « garantissait » le prestige plus ou moins surévalué qu'attribua l'époque à quelques plumes plus débrouillardes et mieux introduites. Henri Calet, Paul Gadenne, Raymond Guérin, Georges Hyvernaud étaient de de ces écrivains là, et, pour résumer mon attitude envers Emmanuel Bove, je dirai simplement que, pour bon nombre de critiques Bove n'ayant rien pour lui, il devint un jour tout pour moi.

L'adaptation faite par Darroussin est assez fidèle au roman, si bien que semble s'incarner à l'écran la prose sèche et blanche de l'écrivain, la syntaxe utilisée par le réalisateur-acteur se moquant comme la guigne d'effets ostentatoires et autres exercices de style tels que les réalisateurs de premiers films les prisent bien souvent au détriment de la construction et de la cohérence de l'histoire. Oh, loin de moi pourtant l'idée de parler d'un chef-d'oeuvre en évoquant ce film, et pour tout dire cela m'a conforté dans l'idée qui était déjà la mienne depuis longtemps qu'un film important pût naître un jour d'un livre de Bove tant celui-ci ne me semble avoir accouché d'une très belle oeuvre qu'une fois celle-ci entendue dans son intégralité quand l'examen de chacun des livres qui la compose révèle la « modestie » de son propos, une grande et géniale modestie à mon sens, mais une modestie quand même.

A l'origine situé dans les années 30, Darroussin transpose le récit dans le Paris contemporain et endosse lui-même le rôle de Charles Benesteau, un homme en rupture de ban qui a décidé de changer de vie, de tout quitter, famille, amis, situation et argent, pour s'installer seul dans le petit appartement d'un immeuble miteux situé en plein coeur d'un quartier populaire. Darroussin mettant ses pas dans ceux de l'écrivain, le récit n'épargne personne - sinon deux ou trois personnages - et pas même son (anti-)héros dont on se demande bien souvent, dans le pathétique de sa situation, ce qui a bien pu lui passer par la tête pour embrasser cet oubli de soi auquel il donne maladroitement l'impression de tendre durant tout le film, y réussissant finalement par la voie la plus banale et la plus commune, celle dont nous aurons tous à prendre le chemin, la mort, dont le pressentiment seul semble vouloir indiquer aux différents protagonistes du film le choix étrange et insolite fait par Benesteau durant la dernière année de sa vie. En vérité, Benesteau qui paraît avoir choisi la solitude que pour ne mieux écrire et assumer sa vocation tardive d'écrivain, nous apparaît de la race de ces écrivains presque sans oeuvre dont Enrique Vila-Matas avait tiré matière à un très bon livre intitulé « Bartleby et compagnie », un auteur superflu qui n'eût jamais percé tel que le furent en leur temps Robert Walser, Juan Rulfo et autres écrivains du même type. Mais cela pourrait tout aussi bien être un prétexte et il se joue sur cette portée d'autres thèmes qu'il est bien malaisé de définir alors que la véritable nature de Benesteau toujours nous échappe et nous jette dans la perplexité. Renoncement, orgueil, désintéressement et générosité, tous ces sentiments mêlés dans l'esprit de Benesteau finissent peu à peu par s'emmêler au détriment de celui qui les porte et l'on se trouve à la fois séduit et mal à l'aise devant ce portrait en creux que l'auteur paraît avoir fait du dérisoire incarné.

Alors, que reste-t-il au bout du compte ?... Un bel et sobre objet qui nous éclaire chichement sur notre humaine condition, les rapports sociaux, et l'interrogation existentielle qui peut s'imposer un jour à vous un certain matin blême, quand, la bouche pâteuse, au sortir de rêves filandreux dans lesquels l'espoir impossible d'une autre vie a pu naître, a infusé en votre âme le vain désir de s'essayer à celle-ci avant l'inéluctable.

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« Et si d'aventure une vague venait à me soulever et m'emporter vers les hauteurs où règnent la force et le prestige, je détruirais les circonstances qui m'auraient favorisé et me jetterais de moi-même vers le bas, vers les infimes et insignifiantes ténèbres. Je ne parviens à respirer que dans les régions inférieures. »

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----Robert Walser


vendredi, septembre 01, 2006

Vertige amer




« Ah! l'amour n'est pas fait pour nous rendre heureux. Je crois qu'il est fait pour nous révéler dans quelle mesure nous avons la force de souffrir et de supporter. »

----------------------------------Hermann Hesse
--------------------------------------------«Peter Camenzind»

samedi, août 12, 2006

En Corée, personne n'a entendu crier

Que vais-je bien pouvoir dire du film «Memories of murder», pensais-je hier une fois celui-ci visionné ?…Et d’ailleurs pourquoi vouloir en dire quelque chose, m’interrogeais-je à la suite tout à fait stupidement quand me revint en tête la sotte promesse faite à moi-même d’entretenir la chambre d’écriture aussi consciencieusement et aussi souvent que possible, quitte pour cela à voir tomber mes longs et beaux doigts graciles au champ d’honneur de mon noir clavier .

« Memories of murder », – disponible en Dvd – est défini par le réalisateur lui-même comme appartenant au genre, somme toute assez rare, du « thriller rural », proposition assez juste, même si, comme toute classification, celle-ci est particulièrement réductrice quant à la nature des thèmes abordés par cette œuvre.

En effet, il faut le savoir, le scénario a été élaboré sur la base d’un véritable fait-divers, les meurtres de dix femmes, entre 1986 et 1991, l’œuvre, pour la première fois en Corée du Sud, d’un tueur en série pour le moins prolifique. C’est à partir de ce « prétexte » que Bong Joon-ho - le metteur en scène - met en place le dispositif d’un film policier qui n‘en est pas vraiment un, ou du moins qui n’en est pas tout à fait un si l’on considère ce que le cinéma asiatique a l’habitude de nous offrir en la matière.

Il me faut ne révéler que très peu de l’histoire, sinon qu’elle débute en 1986, que son développement voit s’opposer le tragique au bouffon, des ruraux à un citadin, le rationnel à l’irrationnel, et que le contexte politique - la Corée du Sud vivait alors, à la fois, sous la dictature militaire ainsi que sous la menace de son voisin du Nord - montré de façon allusive - même si fidèlement rendu - ajoute grandement à l’atmosphère de danger qui se constitue et s’amplifie au fur et à mesure que l’on approche de la fin. Et pourtant, quelle paisible campagne que celle qui sert de toile de fond à cette dramatique histoire, une campagne au sein de laquelle un inspecteur risque plus sa vie au contact d’un clou rouillé qu’à celui d’un gangster, où rien ne marche, l’administration comme les voitures, le temple bouddhique bâti en ces contrées servant même de terrain d’investigation à l’enquête de l’inspecteur du coin, le rustre Park Doo-man se perdant en effet en conjectures sur l’absence présumée de poils pubiens de l’assassin. Malgré tout, le film, qui peine à convaincre au début, se densifie peu à peu, et il n’est plus question de sourire lorsque, de la partie finale du script, sourd un profond sentiment d’angoisse et de déraison accentué plus encore par la photographie - très belle - choisie par un chef opérateur visiblement grandement inspiré qui fait, sous la pluie lourde ritualisée par le tueur, comme se délaver davantage encore le peu de couleurs présentes sur la pellicule.

De nombreux arguments positifs donc à mettre à l’actif de ce « thriller », qui, même s’il ne m’a pas entièrement convaincu, est un brillant exercice de style, à l’esthétique parfaitement soignée, et dans lequel la concaténation des idées dans les plans fournit l’exemple d’une rhétorique riche et pensée, à l’opposé du formalisme un peu creux qui préside habituellement à la mise en forme de la plupart des films asiatiques. Las, j’ai malheureusement regretté le traitement assez archétypal des personnages principaux, seule l’actrice incarnant la discrète policière Kwon Gwi-hok tirant, in fine, assez habilement son épingle du jeu, à l’identique d’ailleurs du comédien auquel a échu le soin d’interpréter un bien troublant dernier suspect. On resterait moyennement embêté par ce fait s’il n’était la beauté du dernier plan, qui vous fait vous montrer indulgent quand celui-ci, magnifique, en dit long sur l’amertume et le désabusement ayant servis de ligne directrice à l’écriture et à la conception du film.

mardi, août 08, 2006

Frémir encore

Le sujet d'un topic récent sur un forum, par ma personne assidûment fréquenté, me fournit le prétexte d'évoquer rapidement l'album d'Antony and the Johnsons, « I am a bird now ».

Même si rares sont les artistes qui arrivent encore à m'émouvoir, quelques uns y parviennent malgré tout, ce fut le cas de Jeff Buckley, c'est encore celui de Beth Gibbons ou d'Andrew Bird, mais là je dois avouer avoir pris une claque comme je craignais ne plus jamais devoir en prendre. Le disque est sorti il y a plus d'un an maintenant, et il s'invite toujours aussi réguliérement sur ma platine. Amateurs de sensations fortes, nul doute que vous allez succomber à ce court extrait - législation oblige - d'une chanson intitulée « The lake » d'après le poème éponyme d'Edgar Allan Poe dont je vous livre, par la même occasion, le texte. A tout hasard je signale quand même que cette chanson ne se trouve pas sur l'album mais a fait l'objet d'une parution en CD 3 titres, cependant pas d'inquiétude tout l'album est du même tonneau.





The Lake
by Edgar Allan Poe

« In youth's spring, it was my lot
To haunt of the wide earth a spot
The which I could not love the less;
So lovely was the loneliness
Of a wild lake, with black rock bound.
And the tall pines that tower'd around.
But when the night had thrown her pall
Upon that spot — as upon all,
And the wind would pass me by
In its stilly melody,
My infant spirit would awake
To the terror of the lone lake.
Yet that terror was not fright —
But a tremulous delight,
And a feeling undefin'd,
Springing from a darken'd mind.
Death was in that poison'd wave
And in its gulf a fitting grave
For him who thence could solace bring
To his dark imagining;
Whose wild'ring thought could even make
An Eden of that dim lake. »

______- The end -
-------Traduction française ici




vendredi, août 04, 2006

Jeu de dupes

Écrire un roman, rien de plus facile, pourrait-on penser à la lecture du dernier livre de Tanguy Viel « Insoupçonnable », il suffit de trois fois rien, d’un homme et d’une femme en amour par exemple, de deux frères un peu tordus, de l’argent aussi, beaucoup d’argent par le couple convoité, d’un parcours de golf, et puis d’un panama, oui un panama, pourquoi pas…Voilà c’est à peu près tout, en cuisine on appelle ça l’appareil, et c’est à peu près à la portée de tous que ce mélange de si peu d’ingrédients si ce n’était l’art dans l’exécution, la touche du maître, la transmutation du trivial en sublime, le style en un mot, le style qui est tout le travail de Tanguy Viel et qui constitue toute la différence.

Ce style qui fait que l’on s’y intéresse bien vite, à cette histoire banale de kidnapping, aux destins croisés de Sam et de Lise, d’Henri et d’Édouard, à ce long synopsis dont on se dit qu’il aurait pu être écrit pour Claude Chabrol avec sa petite bourgeoisie de province, ses relents sous-entendus de lutte des classes, des masques que l’on se donne et de l’argent qui corrompt, du mensonge, de la fatalité d’un destin indifférent, de l’amour aussi, l’amour que l’on pensait mettre à l’épreuve sans dégâts quand c’est le contraire qu’il eût fallu envisager : «…cette bête question de savoir si deux personnes sur terre ont jamais vu un jour la même ligne d’horizon.» Tout ça en 138 pages, 138 pages d’une prose minérale qui seule paraît échapper à l’atmosphère de décomposition poissant peu à peu le texte, une prose comme bancale mais artistement dégauchie – et avec quel soin -, des phrases froissées et défroissées et qui semblent avoir été laissées là telles quelles et au creux desquels il est tout dit, ou presque, des prétentions qui les ont vu naître.

« Insoupçonnable » n’est pas un chef-d’œuvre, seulement un bon livre – et c’est déjà beaucoup – qui a au moins le mérite de me réconcilier un peu avec l’auteur, chouchou de la presse littéraire assez largement surestimé à mon avis, et dont le précédent roman « L’absolue perfection du crime » m’avait laissé en bouche comme un goût de supercherie tant cet art recherché d’une syntaxe tourneboulée autour de son objet ne m’était apparu comme l’énième construction post-moderne de celui qui, n’ayant rien à dire, tente ainsi que de ne mieux s’en disculper.

Mais rien de tel dans « Insoupçonnable » - le quatrième roman de l’écrivain -, alors que, n’ayant donc lu que les deux derniers - un mauvais, un bon – seul le bénéfice du doute m’enjoint encore, dans un futur plus ou moins proche, à l’examen des précédents. A votre tour, maintenant, de vous faire votre idée…